Le placenta

A la croisée de la science et du sacré

Le placenta est un organe extraordinaire et même un peu magique. Créé à partir des premières cellules du zygote qui deviendront un embryon puis un fœtus, il est ce frère jumeau indispensable qui accompagnera le bébé tout au long de sa vie intra-utérine. Mal connu, incompris, souvent sous-estimé, parfois mal aimé et volontairement ignoré, le placenta a probablement encore des secrets à nous dévoiler que la science n’a pas percé au grand jour.

Entre ancestralité et modernité, traditions perdues et rituels intemporels, comportement animal et placentophagie, c’est à la croisée de la science et du sacré, de la curiosité et du mystère, que le placenta nous révèle toute sa potentialité.

Le placenta, compagnon de route de notre bébé pour toute sa vie intra-utérine.
Placenta : qui es-tu, que fais-tu?

Physiologiquement, grâce à une circulation à double sens, il remplit plusieurs fonctions primordiales: respiratoire, nutritive, excrétoire, endocrine, immunitaire. Parlant d’immunité, petite anecdote pour illustrer mon propos de ô combien cet organe est protecteur et intelligent: lors de la division cellulaire, très rapide, certaines erreurs génétiques entrainant des tares peuvent survenir. Des analyses ont montré que des cellules trisomiques ont été retrouvées enfouies dans le placenta, quand aucune anomalie génétique n’était présente chez le bébé. Incroyable n’est-ce pas ?

Le placenta est une “barrière” protectrice pour le bébé à bien des égards. Il ne laisse pas passer le sang du bébé vers la mère, sinon, le corps maternel reconnaitrait le bébé comme un corps étranger si les groupes sanguin diffèrent. Néanmoins, il laisse passer une partie du code génétique du bébé vers la mère. C’est ce qu’on appelle la micro-chimère. Nous avons dans nos veines, dans notre corps, une partie du code génétique de nos bébés qui s’accroche à certains organes, et persiste, parfois toute notre vie. Nous portons éternellement le passage de tous nos bébés dans notre corps. Incroyable et poétique.

C’est grâce au placenta et au liquide amniotique qu’il contient, que le bébé va être introduit et initié à la vie extra-utérine. Il va recevoir durant la grossesse des informations qui vont le renseigner sur son futur environnement et même la culture de ses parents, via la nourriture, les odeurs, les sons, l’état émotionnel de sa mère. La vie intra-utérine est riche de découvertes.

C’est au début du deuxième trimestre que le placenta est complètement autonome, et prend le relai pour nourrir le bébé. Cet affranchissement s’accompagne d’un regain d’énergie chez la mère, qui a passé ses dernières semaines à créer un embryon et un placenta. Maintenant, elle nourrit seulement le placenta qui lui nourrit le bébé.

Le mal-aimé malmené

Au commencement de la vie intra-utérine il y avait le placenta. Et cette vie s’achèvera avec lui. On l’oublie souvent… à la naissance du bébé, on s’extasie, on félicite, on réconforte “bravo, c’est fini!”, mais en vrai pas tout à fait… il reste l’expulsion de cet organe, premier compagnon de route du petit être tant attendu.

Dans le paradigme médical, la naissance du placenta est activement prise en charge par une équipe pressée, stressée qui voit en cet organe au mieux un déchet organique, au pire un dangereux potentiel hémorragique, dont il faut se débarrasser au plus vite, en coupant le cordon, en tirant dessus, et carrément en allant le chercher à deux mains s’il le faut. Ils appellent cette étape la “délivrance”. Sans blague. Loin d’être délivrée de quoi que ce soit qui emprisonnait, si ce n’est un système médical oppressant, la femme va néanmoins se sentir physiquement libérée.

La décharge hormonale accompagnant la naissance du bébé va permettre au placenta de se décoller de la paroi utérine puis de naitre. Dans une naissance respectée, une femme qui s’est préparée à la physiologie et à la biomécanique du troisième stade, mettra au monde elle-même son placenta, naturellement, 20 minutes à une heure, parfois plus, après la naissance de son bébé. L’expulsion du placenta marque l’achèvement, la complétion du grand rite de passage qu’est la naissance, et la transition vers le changement d’identité.

Immédiatement après la naissance du bébé, il n’est pas recommandé de couper le cordon ombilical et ce n’est pas du tout favorable de le faire avant que le placenta soit né. Et ce, pour TOUTES les naissances, par voix basse ou césarienne. Lorsque le placenta se détache de la paroi utérine, les vaisseaux sanguins se ferment du côté maternel et du côté du placenta. Ainsi, le placenta et le cordon sont encore gorgés de sang lors de la naissance. Cela représente environ un tiers du volume sanguin. Une fausse croyance véhiculée dans le système médicale assure qu’au-delà de 2 minutes, il ne sert à rien d’attendre pour couper le cordon puisque le bébé a pompé tout le sang restant. C’est faux. Il peut s’écouler plusieurs minutes (jusqu’à 10-15 minutes) pour que l’intégralité du sang et les précieuses cellules qu’il contient, soient transférées au bébé, pour son plus grand bénéfice.

Rituels entourant le placenta et le cordon ombilical

Tout commence avec le placenta et tout finit avec lui. C’est notre histoire commune, à nous mammifères. Dans cet esprit de reconnaissance de la puissance et de la magie de cet organe sacré et essentiel, dans cette posture de respect et de grand amour, j’invite les couples à honorer le placenta et son cordon ombilical, à le remercier d’avoir été le témoin et le complice de notre bébé et de lui avoir permis de vivre durant ces 10 lunes.

Il existe différents rituels entourant le cordon ombilical et le placenta, et bien d’autres encore à inventer.

Laisser la femme mettre au monde elle-même son placenta, plutôt que la gestion active extérieure qui en est faite, est un rituel en soi, puissant et symbolique. Tout comme laisser aux parents le choix de quand et comment couper le cordon. On peut même ne pas le couper du tout et attendre qu’il se détache de lui-même, c’est le placenta Lotus.

Un nouveau né encore relié à son placenta par le cordon ombilical.
Couper le cordon, un moment symbolique

Plusieurs options existent pour le clampage et la coupe du cordon. La méthode traditionnelle bien connue consiste à le couper. Bien connue quoique délicate… Celles ou ceux qui ont eu le privilège de cet acte se rappellent certainement qu’un cordon ombilical… c’est raide! Partenaire, aiguisez votre opinel pour le jour J (et désinfectez le!).

Sachez aussi que l’on peut brûler le cordon, avec quelques précautions pour que cela soit fait de manière sécuritaire pour le bébé, évidemment. Cela prendra du temps, 10 à 15 minutes… Un temps précieux de conscience, qui nous invite à vivre ce moment, à chanter, à prier, à raconter sa naissance à notre bébé. A prendre son temps, réaliser et savourer encore un peu, cet état de grâce post-enfantement, à honorer et remercier la trinité bébé-cordon-placenta, réunis physiquement pour une dernière fois. En médecine chinoise, le feu invite tout ce qu’il reste de Chi, l’énergie vitale, d’âme contenue dans le cordon et le placenta à rejoindre le bébé.

La parenthèse relou : J’aimerais pouvoir vous dire que vous faites bien ce que vous voulez avec VOTRE placenta et son cordon. En France, il semblerait que ce ne soit pas si simple, ni légal. (Encore un coup de l’état patriarcal et paternaliste qui veut prendre soin des femmes, ces pauvres êtres stupides incapables de le faire par elles-mêmes).

Au Québec, en Suisse, en Belgique, les lois sont plus souples ou l’état moins rigide, peut-être les deux. Je vais quand même vous le dire:

VOUS FAITES CE QUE VOUS VOULEZ DU PLACENTA QUE VOUS AVEZ CRÉÉ ET MIS AU MONDE!

Evidemment, selon le lieu de naissance (genre l’hôpital…), poser quelques questions en amont sur les pratiques et protocoles, vous faire des copains/copines dans l’équipe médicale, et plaider pour récupérer votre placenta à des fins artistiques et de souvenirs, est selon moi primordial si vous souhaitez récupérer votre placenta… quitte à changer de lieu et d’équipe de naissance! 🙂 Parce que c’est aussi ça, préparer son enfantement, c’est s’assurer que le lieu de naissance choisi et l’équipe médicale qui nous accompagne, sont adéquats pour NOUS accompagner dans NOTRE projet, avec NOS conditions, NOS désirs, NOS choix, NOS valeurs. Nous allons chercher un SERVICE auprès d’eux et nous sommes les CLIENTS. Ils sont donc à NOTRE service, et non l’inverse.
Fin de la parenthèse relou.

Je reprends le cours de ce récit, comme si la parenthèse précédente n’existait pas. #dénidéni

Vous pouvez aussi garder un morceau ou la totalité du cordon ombilical séché de votre bébé. Quel souvenir précieux.

Deux bouts de cordon ombilical, souvenir de la naissance de mes deux filles.
Ou ne pas le couper : le placenta lotus

Le placenta lotus est une coutume peu connue en Europe et en Amérique du Nord, mais traditionnellement pratiquée dans plusieurs pays, notamment en Asie. Cela consiste à laisser le placenta attaché au bébé via son cordon, jusqu’à ce que ce dernier sèche et se détache de lui-même. Il y a toute une philosophie en arrière de la pratique du placenta lotus que je ne détaillerai pas ici. Voici une suggestion de livre si le sujet vous intéresse:

Au-delà de l’aspect philosophique, il y a je trouve, une grande poésie et conscience dans ce savoir-faire. Concrètement, le placenta est placé dans un panier avec du sel, qui empêche la putréfaction, des herbes et fleurs séchées, des cristaux ou tout autre objet symbolique choisi, et il est entouré de langes qui recueillent l’humidité. Je vous assure qu’il n’y a aucune odeur désagréable qui s’en dégage, même au bout d’une semaine, puisque le sel “cuit” le placenta, le fait sécher et permet sa conservation. Le sel et les langes sont changés tous les jours. On prend soin du bébé et de son placenta.

On peut pratiquer le placenta lotus partiel et couper ou bruler le cordon au bout de quelques heures, ou bien faire le complet et attendre qu’il se détache de lui-même, ce qui prendra de 2 à 7 jours. Lorsque le cordon se détache de notre bébé, c’est à nouveau, une première rencontre.

Pratiquer le placenta lotus favorise incontestablement le repos et la proximité avec notre bébé. Le bébé reste au lit près de son placenta et la mère reste au lit près de son bébé. Cela créer aussi une plus grande attention et sensibilité pour notre nouveau-né. Autre avantage, cela limite les visites intempestives. Les gens trouvent toujours un peu bizarre d’aller visiter un bébé attaché à son placenta… qu’ils ne pourront pas prendre dans leurs bras! Héhé. Et pour ceux qui oseront, cela ouvre les esprits et éduque aux pratiques et coutumes insolites du vaste monde de la naissance.

Le placenta, arbre de vie

Plusieurs possibilités s’offrent à vous pour honorer votre placenta et en disposer de manière respectueuse.

Le placenta a deux côtés : le maternel composé de plusieurs lobes et le fœtal où passent les vaisseaux sanguins : le fameux arbre de vie, dont on peut réaliser une empreinte pour une œuvre magnifique! Le côté maternel constitué des lobes peut être consommé, je vous en parle un peu plus loin.

Empreintes de placenta, l’arbre de vie.

Une fois l’empreinte placentaire faite, une partie des lobes prélevée à des fins de transformation alimentaire, et le souvenir du cordon ombilical séché, vous pouvez disposer du “reste” de votre placenta, en l’enterrant et plantant un arbre dessus, en le laissant partir dans une rivière, en en faisant offrande à l’océan, à la forêt, etc… name it! Les possibilités sont infinies et ne regardent que vous.

Vous trouverez sur les internets des explications détaillées, photos et vidéos qui illustrent tout ce dont je vous parle, et pourraient vous inspirer à créer votre propre rituel.

Consommation du placenta :
Entre hérésie de hippie et instinct animal

Oui je sais… vous êtes sûrement plusieurs à avoir grimacé à la lecture du titre. Juste pour replacer un peu les choses en contexte… Plus de 4000 espèces de mammifères consomment leur placenta, nous sommes la seule, avec les alpagas, à ne pas le manger systématiquement. Certains rétorqueront “qu’en milieu sauvage, il s’agit de ne pas laisser de traces pour limiter la prédation”. Oui, bien sûr. Les animaux sans prédateur le font aussi. “Mais c’est parce que les ressources sont limitées et qu’il y a une grande énergie à récupérer en consommant cet organe”. Oui, absolument d’accord. Les animaux en captivité dont les ressources alimentaires ne sont pas limitantes le font aussi. Dans le règne animal, la placentophagie, le fait de manger son placenta, est répandue chez les primates. Plusieurs études ont mis en évidence un bénéfice nutritionnel, une augmentation de la lactogénèse, ainsi qu’un effet positif dans le traitement de la douleur et le déclenchement plus rapide du comportement maternel grâce à l’ocytocine qu’il contient.

Chez l’homme, il semblerait que cette coutume se soit perdue avec l’évolution. Néanmoins, plusieurs études de cultures traditionnelles rapportent que différentes ethnies consommaient, et consomment toujours, le placenta cru ou cuit, séché et réduit en poudre.

Si ces bénéfices sont mesurables chez les sujets animaux étudiés, je pense qu’ils le sont également pour les femmes. D’ailleurs, on nous vend du placenta de vache en poudre en pharmacie pour aider au postpartum. Ironie quand tu nous tiens…

La placentophagie est donc une pratique millénaire et traditionnelle du monde occidentale et asiatique, un pilier de la médecine chinoise, qui se démocratise de plus en plus, notamment en Amérique du Nord où de nombreuses femmes y ont recours depuis les années 70.

Les bénéfices d’une telle pratique

Les effets que recherchent les femmes consommant leur placenta sont une augmentation de la production de lait, une meilleure récupération et involution utérine, plus d’énergie, une réduction des saignements, ainsi qu’une amélioration de l’humeur et un risque moindre de dépression post-partum. Quand on sait que le suicide est la première cause de mortalité maternelle, cela vaut le coup d’essayer non?

La placentophagie favorise la production d’ocytocine, l’hormone du maternage, et renforce ainsi le lien d’attachement et le sentiment de compétence maternelle. Des études ont démontré que la placentophagie avait un effet sur la lactation: une augmentation de la production de lait, un taux significativement supérieur de protéines et de lactose dans le lait, et une prise de poids plus rapide chez les nourrissons. Des études empiriques rapportent une récupération plus rapide, plus d’énergie, une amélioration de l’humeur ainsi qu’une réduction des saignements et de la douleur des tranchées.

Comment consommer son placenta ?

Je recommande vivement dans les premiers instants suivant la naissance la consommation d’un morceaux de placenta cru. A votre guise… à la sauvage en plantant vos dents à même la chair avec le sang qui dégouline. Ou plus discrètement, un morceaux prélevé, rincé et intégré à un smoothie postpartum. Promis, vous (et les autres!) n’y verrez que du feu! Pas de goût de sang ni de mutation en vampire. PROMIS. Mais des bienfaits immédiats et incontestables, relayés par de nombreuses femmes à travers le monde.

Consommer son placenta en postpartum immédiat : un gage de récupération.

Pour une consommation sur le moyen terme, il est possible de prélever des lobes, de les couper en cube et de les congeler pour les ajouter à nos prochains smoothies post-partum (ou tout autre recette de votre choix qui vous met en appétit).

Il est également possible de faire déshydrater le placenta puis de le réduire en poudre et de l’encapsuler. C’est souvent l’option envisagée, celle autorisée aux Etats-Unis par exemple, où les femmes le consomment sous forme de gélules.

Gélules de placenta : un support considérable pour un postnatal optimal.

Finalement, nous pouvons créer une teinture mère de placenta. Les teintures mères sont un concentré des propriétés de la plante. On fait macérer plusieurs semaines la plante, ou dans notre cas un morceaux de placenta, dans une base (comme de la vodka, du vinaigre de cidre de pomme ou de la glycérine végétale), que l’on filtre ensuite. Les teintures mères se prennent sous forme de gouttes.

Mise en garde et précautions

La curiosité que suscite le placenta et la démocratisation des connaissances entourant cet organe n’est pas pour plaire à tout le monde. Pour de nombreux professionnels de la périnatalité, la placentophagie est une pratique arriérée que rien ne saurait justifier. Bon. On connait la chanson.

Cela étant dit, quelques précautions d’hygiène sont à respecter, qui ne sont finalement que du bon sens! Il n’est pas recommandé de consommer son placenta si la femme a reçu une épidurale ou a pris des médicaments lors de sa grossesse.

De plus, la consommation du placenta, quelle que soit sa forme, doit se soumettre à un protocole d’hygiène. Un peu comme quand vous mangez de la viande finalement… On l’aime fraiche. Assurez vous de bien valider votre protocole, ou faites appel à une professionnelle qui offre ce service (comme moi 😎).

Vous trouverez ci bas un lien vers une revue de littérature sur le sujet. Cela vous ouvrira de nombreuses pistes scientifiquement fiables si vous souhaitez creuser la question.

https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC6138470/

J’espère que cet article vous a éclairé sur l’organe extraordinaire qu’est le placenta. J’ose croire qu’il a piqué votre curiosité et ouvert votre esprit sur les possibilités qu’il offre, tant sur le plan rituel que sur la placentophagie. Et je souhaite qu’il vous ait inspiré à imaginer et créer votre propre histoire avec votre placenta.