Je m’appelle Alexandra.
Je suis biologiste de la faune, maman, artisane, paysanne et Doula.
J’ai toujours été attirée par la nature qui m’entoure. Petite fille, je montais aux arbres, m’inventais des cabanes, me prenais pour Pocahontas et adorais me baigner dans les rivières ou l’océan. Je me suis dirigée vers des études universitaires de biologie de la faune, plus spécifiquement la conservation et l‘écologie des grands mammifères terrestres. Les liens entre les êtres vivants et leur environnement me fascinent. La complexité du vivant, son intelligence, sa diversité et sa beauté m’émerveillent. Les enjeux auxquels nos écosystèmes font face me bouleversent et je souhaitais, à l’époque, œuvrer pour la reconnaissance et la préservation de cette nature sauvage magnifique.
Le Québec, Terre d’accueil et d’adoption

C’est sur les rives du Saint-Laurent, au Québec, que j’ai posé mes rames pour quelques mois d’échange universitaire. Tombée amoureuse des études, du territoire, des québécois, puis d’un plus particulièrement, j’y ai finalement vécu de nombreuses années, au milieu d’une nature sauvage émouvante et d’hivers impitoyables. J’ai embrassé le territoire sur lequel je vivais, et c’est lui qui a fini par m’habiter.
Mon compagnon et moi avons vécu de la chasse, de la pêche et de la cueillette sauvage. Je me suis intéressée aux modes de vies anciens et traditionnels, à la paysannerie, à la souveraineté alimentaire, à l’artisanat. J’ai dormi dehors en plein hiver et appris les rudiments de la survie, le tressage des végétaux, la reconnaissance et l’usage des plantes médicinales, le tannage de peaux, et j’en passe. J’ai voulu tout apprendre et tout comprendre. Pendant toutes ces années j’ai plongé dans ce territoire sauvage et ces savoirs, j’ai embrassé cette vie de femme de la Terre. Je voulais me nourrir de la Terre et tendre vers une autonomie alimentaire et de soins.
De femme sauvage qui court les forêts, je suis devenue paysanne dans une petite ferme communautaire. J’ai planté des arbres, élevé des animaux, cultivé un potager et récolté les fruits de mon labeur. J’ai appris à transformer et conserver mes récoltes, traire une chèvre et faire du fromage, faire mon pain quotidien avec mon levain, récolter le foin pour nourrir mes animaux l’hiver. J’y ai découvert le vivre ensemble et la communauté.
Nous vivons à une époque individualiste où la réussite professionnelle est très valorisée. Notre société nous parle beaucoup plus de productivité ou de croissance économique que de solidarité, partage et co-création. La famille est centrée sur elle même, c’est la famille nucléaire. C’est à cette période de vie, lors de nos premiers pas dans la parentalité, que nous réalisons souvent les conséquences de la perte de nos tribus et de nos villages. L’individualisme tant prôné prend une amère saveur de solitude et d’isolement. J’eu la chance, et surtout le privilège de vivre ce que nous avions perdu : le clan, la tribu, le village! Les années sur cette ferme ont été parmi les plus belles de ma vie. J’ai vu, vécu et ressenti la richesse inestimable d’une communauté autour de moi.
De l’éveil à l’émancipation
J’avais 24 ans et je venais d’emménager avec mon compagnon sur cette petite ferme qui accueillait des personnes engagées vers une société plus juste, écologique et inclusive. C’est là que j’ai rencontré M., étudiante sage-femme, féministe et militante.
Un jour, installées sur la terrasse de son petit chalet dans les bois, bercées par le chant des oiseaux et l’écoulement de la rivière, elle m’a parlé de ses études. Et aussi de ses indignations, de ses combats et de ses espoirs. De la médicalisation des naissances, du patriarcat, de l’accouchement à domicile, de la physiologie de l’enfantement et de la toute puissance des femmes. Je restais quelques instants perplexe. Quelle folie que d’accoucher chez soi comme dans l’ancien temps! J’étais loin de me douter mais… M. venait de semer la première graine.
Quatre ans plus tard, j’enfantai de ma fille dans ma toute puissance sur cette même ferme.
Grâce à M. qui me parla de symptothermie, je partis sur le chemin de ma propre nature cyclique. J’ai redécouvert ma féminité, mon corps et ses cycles, à 25 ans. Je réalisais, avec un peu de stupeur et de honte, mon ignorance à cet endroit, pourtant si intime. Je prenais conscience également de la triste histoire des femmes, du poids et de l’influence du patriarcat, de la manière dont la société nous voit, nous traite, et nous façonne. Je décidais, évidemment, de résister et faire autrement. Moi aussi, j’étais devenue féministe et militante!
C’est très naturellement, lorsque nous décidâmes d’accueillir un enfant et que je tombais enceinte, que j’empruntais la voie de la physiologie et de l’accouchement à domicile. Mes deux filles sont nées dans l’intimité de notre foyer, sur cette ferme que je chérissais tant, au milieu de la vie qui grouillait. Telle la louve ou l’ourse qui se tapis au fond de sa tanière, ou la biquette dans son enclos, je contactais pour la première fois cette femme primitive qui sommeillait en moi. Et j’ai enfanté naturellement chez moi en toute sécurité.
Ce fut une expérience bouleversante, transcendantale, transformatrice! Extraordinaire!
C’est à ce moment là que j’ai rencontré la femme sauvage en moi. Et depuis, elle ne m’a plus quittée.

De biologiste à Doula
De la même manière que la nature sauvage me fascine, l’intelligence de la vie et du corps féminin, me fascine. La puissance des femmes, leur triste histoire et leur incroyable résilience m’émeuvent. Je voulais contribuer.
Le temps a passé, les enfants ont grandi, et j’ai eu besoin de changement.
Je me suis formée comme Doula large spectre à l’école Quantik, facilitatrice de cercle et accompagnante en pratique rituelle dans le but d’accompagner les femmes dans les passages de la vie, de la naissance à la mort.
Et j’ai retraversé l’Atlantique vers ma Terre natale.
C’est aujourd’hui ma mission, mon engagement auprès des femmes : qu’elles puissent toucher à cette puissance qui les habite, que chacune réveille la femme sauvage qui sommeille en elle. J’œuvre pour des naissances libres, souveraines et empuissançantes! Parce que tout être humain et toute famille mérite de voir son histoire commencer ainsi, dans la confiance, la joie et la liberté!
Les grands portails de la vie d’une fille puis d’une femme (dont certains sont aussi traversés par les hommes): la naissance, les premières ménarches, la découverte de la sexualité, la maternité, la parentalité, la ménopause et puis la mort; sont tous des espaces de tabous, sur lesquels la société a posé un certain regard, un prisme fait de honte, de culpabilité, de non-dits, ou de fausses croyances. Lesquelles alimentent le cercle vicieux de la honte, de la culpabilité et du tabou. Et ça, ça enferme, ça diminue, ça invisibilise, ça tue même parfois.
Je veux être auprès des femmes pour les honorer et les soutenir dans ces passages, pour témoigner de leurs larmes comme de leurs joies, de leur vulnérabilité, de leur courage et de leur résilience. Je veux les informer, les conscientiser et leur redonner le pouvoir du savoir, du choix libre et éclairé.
Je souhaite à toutes les femmes, à tous les humains de pouvoir traverser ces grands passages avec grâce, dignité et amour.